Une rencontre de femmes, une rencontre de pirates

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Depuis qu’elle est enfant, Adèle s’est choisi un modèle : Anne Bonny, la femme pirate. Pour se préparer au rôle, la comédienne Agathe Détrieux se plonge dans l’univers des pirates du XVIIIème siècle. Dans un premier temps, elle trouve essentiellement des livres pour enfants et adolescents. Elle en conclut : « Plonger dans l’univers d’Adèle, c’est renouer avec l’enfance…
mais pas seulement ! »

Anne Bonny, une femme libre pour incarner les questions d’Adèle

Au fil de la pièce, Adèle évoque le personnage d’Anne Bonny, ce qu’elle a appris de ses aventures étant enfant, les images qui lui en restent. Chaque fois qu’elle a peur de manquer de courage, elle s’accroche à ces souvenirs héroïques comme à une amarre, pour ne pas sombrer dans la tristesse ou la colère qui la guettent depuis la disparition de Maria.
L’auteure, Veronika Mabardi, cite trois épisodes de la vie d’Anne Bonny, sans volonté chronologique. Ces évènements reviennent à la mémoire d’Adèle de façon décousue, sa pensée ne suit pas de fil narratif, chaque moment est pris dans sa singularité, pour ce qu’il peut lui apporter de courage.

Le 15 juin 1719

Anne s’ennuie auprès de son mari James Bonny. Avec quelques amis anciens pirates, elle décide de voler un bateau et d’attaquer un navire français chargé d’or. Dans la pièce, c’est l’épisode « du sang de tortues ».

Le 21 octobre 1720

Il s’agit du dernier assaut donné avant l’arrestation d’Anne Bonny et de ses compagnons par le Capitaine Barnet, sur ordre du Gouverneur de la Jamaïque. Seuls Anne, son amie Mary Read et un autre pirate résistent par les armes, probablement parce que le reste de l’équipage est ivre.

Le jour de son exécution, une ultime grâce est accordée à Rackham le Rouge, l’amant d’Anne Bonny. Elle lui rend visite et lui déclare : « Je suis fâchée de vous voir dans cet état, mais il ne tenait qu’à vous de vous défendre et de combattre comme un homme, cela vous aurait épargné d’avoir à mourir comme un chien. »

Agathe Détrieux retrouve les deux derniers épisodes dans de nombreux récits, mais aucune trace du premier, tel que relaté par Veronika Mabardi. Elle en conclut qu’ « il appartient sans doute au souvenir de Veronika, ou en tout cas à son histoire avec Anne Bonny. De mon côté, j’ai lu que Rackham et Anne auraient volé un navire ensemble avant de s’enfuir sur les mers (« à terre ils n’ont pas le droit de s’aimer »).
Autour de ces personnages qui ont vraisemblablement existé s’est forgée une légende dès leur vivant. Daniel Defoe (leur contemporain et auteur de Robinson Crusoé) exprime certaines réserves à l’égard de plusieurs anecdotes qu’on raconte sur Anne Bonny. Ainsi, on dit qu’adolescente, dans un éclat de colère, elle aurait poignardé une servante.
Agathe juge que cette histoire n’est sans doute que la cristallisation des fantasmes et des peurs des hommes et des femmes de l’époque. En revanche, elle croit plus volontiers au fait qu’Anne aurait battu au sang un prétendant trop pressant, l’obligeant à passer plusieurs jours à l’hôpital. Anne Bonny a toujours été indépendante, ne cédant à personne. Au point de renoncer à son héritage quand elle épouse, à 17 ans, contre l’avis paternel, un pirate rencontré dans une taverne. Déjà très jeune, Anne est une véritable force de la nature, elle est courageuse, brave, mais aussi indomptable et d’un tempérament féroce.

Au fil de ses recherches et de ses lectures, Agathe a construit son propre rapport à Anne Bonny. « Je pense qu’Anne était libre et que c’était insupportable pour la société du début du XVIIIème siècle. Avant même d’être pirate, cette soif de liberté était en elle, peut-être comme chez son père qui reconnut cette bâtarde comme sa fille et quitta son Irlande natale pour tenter l’aventure au Nouveau Monde. »
Les pirates échappent aux lois des hommes en choisissant la mer, ils créent de « petites sociétés alternatives et anti-colonialistes. Dans cette perspective, Anne Bonny ne [rompt] pas seulement avec un mode de vie conventionnel, elle essaie aussi de construire un nouveau mode de vie sur les mers. »
Pour Agathe, Anne Bonny est devenue pirate parce que son besoin de liberté était immense. « C’est pour elle la façon la plus extrême et sincère de coller à son désir. En ce sens, je trouve que ce choix de personnage historique incarne parfaitement les idéaux d’Adèle aujourd’hui : elle s’interroge sur sa liberté individuelle et sur les choix qu’une femme fait pour elle-même, y compris s’ils ne sont pas ceux voulu par la société. »
Adèle est un spectacle qui a le don de mettre en lumière des liens parfois difficiles à percevoir, un spectacle porté par une comédienne touchante et dont la puissance est palpable, certainement un peu comme l’était Anne Bonny…

 

BIBLIOGRAPHIE PIRATE

A treasury of foolishly forgotten americans, Michel Farquhar, 2008, Anne Bonny : Pirate of the Caribbean
Bandits at sea : a pirates reader, C.R. Pennell, 2001, New York University press.
Dictionnaire des corsaires et des pirates, Gilbert Buti et Philippe Hrodej, 2013.
Histoire générale des plus fameux pyrates (A general history of the pyrates), Daniel Defoë (sous le pseudonyme Captain Johnson), 1726
L’Ile au trésor, Robert Louis Stevenson, 1883
Les insoumises, 18 portraits de femmes exceptionnelles de l’Antiquité à nos jours, Jean Haechler, 2007
Les passagers du vent, François Bourgeon, 1979-1984, 2009-2010

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