Un monde sans hommes

5 novembre 2015 | article, en profondeur, homme semence

Imaginez un monde sans hommes. C’est ce que « l’homme semence » nous donne à voir, à imaginer, à écouter.

Le désir de la femme à son état le plus primitif où l’homme est vu en quelque sorte comme un « objet sexuel » ou comme un simple moyen d’obtenir de la « semence ».  C’est finalement comme si la femme écoutait son corps, ses désirs après tant de privation, un désir d’enfanter, un désir charnel.
L’histoire de la pièce se passe au 19ème siècle, dans le monde rural, les tâches entre hommes et femmes sont alors encore bien définies et bien cloisonnées. Le village se retrouve du jour au lendemain sans hommes, suite au coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. L’équilibre est rompu. La vie ne peut plus être portée par ces femmes qui ont perdu leurs pairs. Ces femmes ont faim de vie, de la donner surtout, et ne voient alors en l’homme qu’un moyen de parvenir à combler ce vide.
Le texte dépeint avec une poésie absolue un milieu campagnard, en provençal, les liens entre les femmes, les espoirs et les sentiments de celles-ci. L’émotion est présente du début à la fin, tout est décrit très finement, les rapports humains se font l’écho de la nature. Un texte d’une extrême richesse et d’une grande justesse de Violette Ailhaud. Un texte intemporel que les hommes seront aussi heureux d’entendre car il fait voir à quel point la femme peut être forte et faible à la fois et comment sans son « autre », aussi perfectible qu’elle, la vie peut être tellement moins délicieuse.
Aujourd’hui, la question du désir de la femme, de la place de l’homme dans le couple, dans la cellule familiale se pose et cette pièce peut nous mener sur la piste de certains de ces questionnements. Ils se posent d’ailleurs peut-être davantage dans un milieu urbain, où les choses vont et doivent aller vite, où nous n’avons parfois même plus le temps de contempler la nature qui nous entoure, où nous ne laissons plus vraiment le temps au temps…
Les femmes s’assument davantage, assument leurs fantasmes, leurs désirs. Le besoin se fait de plus en plus ressentir, un besoin d’émancipation. Elles sont plus libérées, font des réunions « sex toys » entre copines (« elle était bien ta réunion tupperware? »), déclarent haut et fort que la libido féminine existe aussi, le viagra n’est plus réservé qu’aux hommes.
Ce désir se couple du besoin maternel, mais parfois, s’y oppose. Faire un bébé toute seule, avec la « semence » d’un monsieur X pour remplir sa mission de mère, n’est plus une chose tabou. L’homme n’aurait alors qu’une place de géniteur anonyme. En Belgique, l’homme avait encore, il y a peu, la reconnaissance paternelle grâce à son nom de famille que devaient porter ses enfants. Aujourd’hui, la femme peut réduire le rôle du père à son utilité minimum. Plusieurs cas de « Vierge-Marie » modernes sont d’ailleurs connus…
La pièce « l’homme semence » montre des femmes qui n’envisagent pas de continuer à vivre sans la présence masculine, elles sont toutes tournées vers l’horizon en quête de l’homme qui reviendra. L’envie première est celle de redonner un sens à leurs existences, donner la vie et permettre d’assurer la pérennité à leur communauté. L’équilibre sentimental et vital qu’elles veulent retrouver est touchant, il nous fait réaliser qu’imaginer un monde sans hommes, c’est envisager un monde moins savoureux, moins tendre…

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Idée lecture

Moi qui n'ai pas pas connu les hommes de Jacqueline Harpmann, paru chez Stock en 1995.

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