Rencontre avec Thierry Lambert

5 novembre 2015 | article, conte de fées, interview, rencontre

Le jeudi 8 octobre 2015, nous avons rencontré Thierry Lambert, auteur de la pièce « Conte de fées » ce mois-ci sur les planches des Riches-Claires. Ambiance détendue dans une salle de réunion claire et sobre. Thierry Lambert, accueillant, pose sa troisième tasse de café de la journée sur la table.

Thierry Lambert, votre nom n’est pas encore rattaché réellement au monde du théâtre, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous ?

Je suis avocat depuis une vingtaine d’années, auteur de pièces n’est pas mon métier en principe. J’ai beaucoup hésité au début de mon orientation professionnelle entre le théâtre et le métier que je fais actuellement car les deux m’intéressent. J’ai réussi mon examen à l’INSAS, j’en suis d’ailleurs encore aujourd’hui très fier mais les choses ont fait que je me suis dirigé vers le métier d’avocat.
Combiner le métier d’avocat avec celui d’auteur de pièces, c’est assez inattendu. D’où vous est venue cette envie ?

À partir du moment où on est intéressés par la littérature, par l’écriture, on continue à chercher un contact avec ça. Quand on est sorti du circuit, comme moi, on n’y retourne pas facilement. J’ai finalement fini par trouver un moyen d’y retourner. Mais ce n’est pas si inattendu vous savez. On trouve normal de faire des oppositions très nettes entre les gens qui font des métiers rémunérateurs et ceux qui exercent des métiers plus désintéressés. Je ne suis pas adepte d’oppositions aussi tranchées, je crois que dans beaucoup de cas, les choses ne sont pas toujours aussi entières. On peut exercer un métier classique et avoir, par ailleurs, d’autres choses en soi. Le métier d’avocat laisse de la place pour d’autres choses, on continue à avoir une vie variée, on est dans le contact, on continue à réfléchir. On reste finalement très libre.

Comment définiriez-vous votre parcours?

Je dirais qu’il y a une continuité. En tout cas, dans la façon dont je vis les choses. Ce n’est pas parce que j’ai mis du temps à avoir un texte qui est joué que pour autant il y a une discontinuité entre tout ça. Pour moi, c’est assez homogène.

Une pièce en particulier vous a donné l’envie d’écrire la vôtre ? Un auteur ?

Non mais, et ce n’est peut-être pas vrai, si je dois me sentir proche d’un univers par rapport à ce texte-là, ce serait celui de David Foster Wallace ou le travail des Monty Pythons et, dans une certaine mesure, ce qu’on trouve dans Le Père Noël est une ordure. Je serai très heureux d’être arrivé à me rapprocher dans mon écriture de ces univers-là.

Quel conte de fées vous a marqué dans votre enfance ? Y a-t-il un lien avec la vision ambivalente que vous nous donner à voir dans votre pièce ?

Non, il y a des contes de fées qui m’ont marqué mais il n’y aucun lien du tout avec la pièce qui n’est pas du tout un conte de fées au final.

Vous avez pu garder un oeil sur la mise en scène et le jeu de votre pièce? Aviez-vous une idée préconçue de ce que cela allait donner?

J’essaye de garder un oeil et de donner des idées. J’avais une idée préconçue, mais quand j’aime ce qu’on fait de ma pièce, je suis très heureux de découvrir un point de vue autre que le mien sur mon texte ou une mise scène autre que celle à laquelle j’aurais pu penser, tant que ça reste en phase avec l’esprit du texte. À partir du moment où il y a une harmonie entre ce qui est montré et ce qui est écrit, je  suis même très heureux, ça me fait penser à d’autres choses.

Je crois que je réécrirai certaines choses carrément à la fin du travail de mise en scène et d’acteurs qui sera fait mais je n’ai par exemple pas envie que mon texte devienne une tragédie.

On peut déceler dans votre pièce deux narrateurs assez opposés, est-ce que c’est votre métier d’avocat qui fait que vous avez une vision plus sombre et une plus lumineuse? Qui fait que les choses ne sont jamais vraiment figées?

Peut-être. La contradiction est au centre de mon métier donc ce dialogue et cette contradiction perpétuelle entre les deux, peut-être que c’est parce que je le manie quotidiennement. Maintenant le théâtre c’est vrai que c’est quelqu’un qui monte sur scène et quelqu’un d’autre qui monte sur scène qui dit le contraire.

L’envie de ne pas finir sur une note positive était pour subvertir ce qu’on attend quand on entend « conte de fées » ? Pourquoi cette envie de présenter deux manières d’envisager, d’appréhender les événements ?

Je crois que ce qui m’amuse c’est que finalement si vous faites ce que le premier narrateur se propose de faire au début, c’est-à-dire si on raconte de manière linéaire et qu’on reste dans des archétypes et dans un discours contenu, on n’ira nulle part. Pour raconter, pour créer quelque chose, il faut aller chercher des idées dans les recoins de la pensée, il faut faire de l’exploration. Pour qu’on puisse faire des choses intéressantes, il faut laisser son esprit se balader là où on n’a pas fort envie d’aller.

La ligne de force, ce qui m’a amusé, c’est de me dire qu’avec un conte de fées, on explique la vie à nos enfants et on gomme ce qui est difficile, douloureux pour leur présenter une réalité qui est lisse. Je pense qu’on fait très bien car ça aide les enfants à se construire. Cependant, quand on commence à découvrir la réalité, on peut être choqué par le fait que la vie est drôlement plus âpre et plus dure que la manière dont on nous a structuré, construit la vie. Mon idée était de faire le contraire. Au lieu de faire un conte de fées où les choses sont rendues plus douces, je le rends le plus dur possible, je prends ce qu’il y a de plus dur dans la vie d’un être humain. Je vais intensifier ce qu’il y a de plus noir et je vais faire baigner tout ça dans l’univers traditionnel du conte de fées. Pour moi, la pièce, c’est ça. Ce n’est pas du tout de dire « éduquons nos enfants de manière plus dure » au contraire, tant que nous pouvons les préserver, faisons-le.

Avez-vous de futurs projets pour la scène ?

Immanquablement on va beaucoup me parler de mon métier, il y a une part d’intérêt pour l’étrangeté. J’écrirai sûrement un jour là-dessus, ça me passionnerait de faire quelque chose autour de mon métier. Dans l’immédiat, j’ai envie de refaire une pièce sur un thème tout à fait différent, sur laquelle je travaille déjà. Tout va beaucoup dépendre de ce que celle-ci va donner, si celle-ci fonctionne bien, on m’en laissera faire une seconde, si ça ne fonctionne pas bien … (rires)

Une pièce réussie, selon vous, que doit-elle proposer aux spectateurs ?

De passer un bon moment. Il faut d’abord divertir les gens et qu’ils ne se rendent qu’à moitié compte de ce qui est en train de se passer et cela fait, faire passer quelques idées si on en a, en douceur et discrètement.

Merci beaucoup Thierry Lambert !

Hé bien, de rien, avec plaisir !

(Propos recueillis par Céline de la Court)