Moi, ma vie et Disney

12 décembre 2017 | walt

Longtemps je me suis couchée de bonne heure. Parfois, à peine ma lampe de chevet éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. »… Je rêvais alors d’aventures rocambolesques, d’animaux qui parlent, de princesses en détresse, de châteaux maudits, de sirènes sympathiques et de poudre magique qui fait s’envoler les enfants.

En effet, j’avais la chance d’avoir des parents exceptionnels, qui non contents de me laisser une petite veilleuse pour que le noir ne rampe pas sur moi, me racontaient toujours mille et une histoires extraordinaires, pour que mes rêves soient tout simplement merveilleux. Des contes, répétés encore et encore, que j’avais vu à l’écran grâce à Monsieur Walt Disney, sur des cassettes VHS tellement regardées qu’elles en étaient usées, avec des personnages que j’avais l’impression de connaître personnellement.

Et j’étais loin d’être la seule !

En effet, il est assez extraordinaire d’imaginer que depuis près d’un siècle (la société de production Disney ayant été fondée en 1923), Walt a su réunir autour des mêmes histoires merveilleuses plusieurs générations de personnes, de nationalités et de conditions sociales différentes, tout en évoluant avec son temps.

J’en suis venue à m’interroger sur l’importance de ces histoires, dans ma construction personnelle et dans ma vie. Pourquoi ces films m’ont marquée de manière si indélébile ?

Madeleine de Proust

Premièrement, je dirais que les films Disney sont pour moi une véritable Madeleine de Proust. Une image clé de mon enfance serait celle-ci : une petite fille, accompagnée de ses meilleurs amis, ou de sa cousine, ou de ses parents, frétillante d’une excitation partagée dès que la cassette vidéo s’est mise en route, et que la musique du logo Disney se fait entendre (Vous voyez ? Celui sur fond bleu, avec une étoile filante qui laisse son sillage en arc au-dessus du château ?).

Les films Disney sont ainsi pour moi comme un fil d’Ariane qui permet de me replonger dans le paradis perdu de mes toutes jeunes années. Mais en fait, est-ce que Disney permet de retourner en enfance, ou de la prolonger même à l’âge adulte ? Un peu des deux peut-être…

Agence de voyage

Deuxièmement, Disney m’a permis de voyager à travers le monde, mais également par-delà les mondes. En effet, j’ai découvert l’Inde avec Mowgli, l’Afrique avec Simba, le Moyen-Orient avec Aladdin, la Chine avec Mulan, l’Australie avec Bernard et Bianca, Londres avec Basile, le Paris Belle Epoque avec les Aristochats, la Nouvelle-Orléans avec Tiana, la Grèce Antique avec Hercule, et bien d’autres, encore et partout.

En outre, j’ai vécu dans la forêt avec Bambi, au Moyen-Age avec Robin des Bois, j’étais persuadée que mes jouets étaient en vie grâce à Woody, j’avais préparé mes trois vœux au cas où je trouverai une lampe magique à cause d’Aladdin, j’ai pu imaginer un trip sous LSD avant l’heure avec Alice, Dumbo et Fantasia, et m’envoler au pays imaginaire avec Peter Pan. Dans mon salon donc.

Et j’ai adoré.

Mais finalement, ces histoires, aussi belles soient-elles, ont-elles eu un réel impact sur ma personne ? J’en suis persuadée.

Tout d’abord, je pense que certains de mes goûts ont été conditionnés par ces films (j’adore les animaux, la forêt, les déguisements, les anciens châteaux, les livres… Coïncidence si on sait que mes Disney favoris sont Pocahontas et la Belle et la Bête ?).

Réflexion

Ensuite, en grandissant, mes premières remises en question sociales proviennent des films Disney. Premièrement, imaginez-vous regarder Blanche-Neige et Cendrillon à 11 ans, et demander à votre maman pourquoi le personnage principal féminin ne fait que le ménage, et attend bêtement un prince charmant pour sortir de sa condition de victime. Bien heureusement, les personnages féminins de Disney ont considérablement évolué : les parfaites ménagères trop gentilles sont devenues des femmes qui prennent des décisions importantes pour protéger les leurs (Mulan, la Belle et la Bête, La Reine des Neiges), ou s’opposent politiquement et personnellement en vue de la justice (Pocahontas).

Toutefois, ces héroïnes correspondent à mon sens encore trop à des canons sociétaux dépassés (elles ne révolutionnent pas le monde dans leurs idées, sont toujours assimilées à des princesses, restent finalement assez sages et sont d’une remarquable beauté. Bref, il y a encore du boulot pour Disney !).

Deuxièmement, après la réflexion féministe, le gros choc de mon enfance fut avec Rox et Roucky. Vous voyez, le renard et le chien de chasse qui ne peuvent plus être amis une fois adultes. Je n’ai jamais compris cela. Petits, l’amitié est possible, car la question ne se pose même pas, mais les choses évoluent à l’âge adulte. Le parallèle avec le racisme crève les yeux jusqu’à la matière grise…

En conclusion, Disney pour moi ce sont des souvenirs heureux, des grandes discussions autour de films reflétant les codes sociaux de leur époque, des univers magiques qui m’habitent encore, des chansons que je connais par cœur, et surtout, beaucoup d’émotions : des fous rires devant Kuzko, aux larmes terribles lors de la mort de la maman de Bambi, Disney touche tous les cœurs, encore, et toujours.

Je vous parle de moi, mais qui suis-je ? Je suis l’individu lambda de notre société occidentale. Peut-être pas vous, mais votre sœur, votre ami, votre maman, votre copain, votre cousine, votre collègue, votre coiffeur. Car on a tous un peu de Disney en nous. Non ? Bon, il est vrai, à différents niveaux…

Moi je suis vraiment tombée dans la marmite quand j’étais petite...

Le saviez-vous ?

La franchise Disney a donné son nom à plusieurs syndromes, tel que le Syndrome de Peter Pan (Complaisance dans un monde de fantaisie et refus de grandir), le Syndrome de la Fée Clochette (souffrance refoulée chez des femmes ambitieuses, arrogantes qui réussissent tout) ou encore le Complexe de Cendrillon (Désir inconscient, chez certaines femmes, d’être prises en charge, peur de l’indépendance). A méditer…