Famille, je vous hais…

18 septembre 2018 | Caméléon, en profondeur

Les textes de Jean Muno s’inspirent directement de sa vie et Camélon est une sorte de radiographie, de patchwork de son oeuvre ! Alors avant de vous laisser plonger dans cet étrange univers, parlons un peu de lui… 

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Jean Muno (1924-1988) de son vrai nom Robert Burniaux était une personnalité complexe. Sous son masque d’homme tranquille couvaient une révolte et un profond rejet du système. Enfant unique, il se considère comme la victime d’un système éducatif qui relève du despotisme. 

Les Burniaux vivent repliés sur eux-mêmes, ont peu d’amis, peu de sorties. Leur vie quotidienne est austère et ennuyeuse. Répondant au désir de ses parents Muno embrasse la même carrière qu’eux, celle d’enseignant. 

Constant Burniaux (le père) est également écrivain et académicien. Leur vie est une vie de labeur. Tout chez eux tourne autour de l’activité littéraire du père, il s’agit d’entretenir le pouvoir créateur et Burniaux fils doit se préparer à recevoir ce pouvoir pour le prolonger, le projeter dans l’avenir, le transmettre à son tour.

Je suis l’héritier de son échec

La démarche essentielle de Jean Muno écrivain est une entreprise de démolition des leurres et des impostures. Il règle ses comptes avec ce qui dérange dans sa quête de liberté, à savoir une façon d’être ou plutôt de paraître typique d’un certain milieu intellectuel de province, il développe une rage qui s’exerce à l’égard de tout ceux qui ont participé à son éducation et dont il a fallu essayer de se débarrasser : sa mère, sa principale source d’inspiration ; son père avec lequel la similitude des destinées finira par le miner, “ je suis l’héritier de son échec ” dit-il ; et quelques autres... 

Tout est inexplicable

Homme silencieux et secret, il ne se livrait que dans ses livres, avec l’impétuosité des taciturnes. Muno disait : “ Je n’aime pas les discussions. Il n’y a rien a expliquer puisque tout est inexplicable ” ! Il fuyait les joutes oratoires comme la peste ou plus simplement, comme une agitation superflue, une distraction ennuyeuse et futile. Il parlait peu mais était tout regard. Il ne cessait d’observer et d’écouter ce qui se passait autour de lui. 

Un sourire fugitif ou la façon qu’il avait de s’absorber soudain en lui-même, de se retirer du débat pour disparaître au sein de quelque paysage intérieur, sa singulière aptitude au détachement révélaient son attirance vers les réalités secondes. Il avait la faculté d’accéder à une dimension seconde du réel, à cet entre-deux où il était parfaitement à son aise, où la banalité se déchirait comme un rideau de théâtre pour ouvrir sur un monde improbable qui n’avait aucun secret pour lui. 

Dans ses livres, les héros, d’une apparente apathie, agissent peu car ils regardent. Ils passent le plus clair (ou le plus obscur) de leur temps à regarder. Ce regard perçant, quelquefois cruel, s’aventure toujours dans la même direction : au-delà des choses, au-delà de l’horizon quotidien dont les frontières se brouillent, s’ouvrent soudain sur l’insondable abîme. 

Son œil était ironique, parfois même acerbe ou au contraire, tout à coup, d’une candeur presque enfantine, désarmante et semblait-il, désarmée.