15 ans, ça se fête !

1 décembre 2015 | article, interview, s'aimer un peu

À l’occasion des 15 ans de la pièce « Est-ce qu’on ne pourrait pas s’aimer un peu? », nous avons rencontré Eric De Staercke et lui avons demandé de faire resurgir ses souvenirs sur cette pièce qui a été créée aux Riches-Claires en l’an 2000… Rencontre !

Même si ce spectacle a été littéralement kidnappé par les adultes, cette pièce était initialement créée pour les ados. Nous avions décidé de traiter l’amour par l’absurde évidemment, mais surtout en l’attaquant par la négative. En effet, tous les couples de la pièce échouent, leurs tentatives sont vaines, perdues d’avance ou simplement ratées.
Je me souviens d’une ado qui s’est levée et qui a dit: « oui, mais ce que vous proposez là, ce sont des histoires de vieux! » Ah, pourquoi, lui a-t-on demandé ? « Ben, parce que moi et mon copain, on s’aime et c’est pour la vie! ». Je pense que si l’on avait écrit un spectacle romantique, les ados ne nous auraient pas suivi, là, au contraire, ils revendiquaient eux-mêmes leur romantisme!
En fait, s’il y a bien quelque chose qui nous a échappé au cours de toutes ces années, c’est l’interprétation que les gens en ont faite. Nous n’avons aucun mérite, je pense mais la magie ou le hasard, c’est selon, a fait que les gens se sont reconnus, ou projetés dans les couples du spectacle. Ainsi lors de la création aux Riches-Claires, une dame est sortie de la salle au bout de trois scènes, folle de rage. Jacques Viala, l’ancien directeur, lui demande ce qui ne va pas et elle, de lui répondre: « On n’a pas le droit de rire avec ça ! ». Et Jacques de la conforter dans son choix de quitter la salle, en lui expliquant que c’était son droit et que c’était sain. La dame se lève soudain et retourne dans la salle, en disant, je veux voir la suite. Elle n’a fait que rentrer et sortir au gré de ses humeurs. Une semaine plus tard, elle était au premier rang avec ses quatre enfants et nous a attendus après la représentation en nous expliquant qu’à la réflexion, elle voulait que ses enfants voient cela. Nous n’avons jamais su pourquoi! …
Rien que le titre déjà permettait aux spectateurs qui réservaient sur le répondeur, de se projeter. Jacques Viala nous fit écouter le répondeur et ça donnait ceci: -Bonjour, je voudrais réserver deux places pour « Aimez-moi! » ou – Bonjour, je voudrais réserver pour « Est-ce que quelqu’un m’aime? » ou encore « Faut qu’on s’aime! » ou bien « Pourquoi qu’on s’aime? »… Bref, chacun interprétait déjà le titre et lui donnait le sens qu’il souhaitait!
Sur l’île de la Réunion, les gens applaudissaient quand la femme prenait l’ascendant sur l’homme !

Au Québec, on nous a dit que certaines scènes de violence conjugale, aussi burlesques soient-elles, n’auraient pu être montées par des Québécois, car trop dur envers les femmes. Souvent, les spectateurs y ont vu du machisme, alors que dans l’écriture de la pièce, la femme l’emporte quasi toujours sur l’homme à l’exception de 3 scènes sur 18. En fait, c’est notre société qui est machiste et ce genre de spectacle agit comme un détonateur. Au Maroc, le régisseur nous a confié après les représentations qu’il ne fallait pas que tout le monde voit cela dans ce pays. À l’île de la Réunion, les gens applaudissaient quand la femme prenait l’ascendant sur l’homme !

Cela doit faire exactement 15 années que nous n’avons pas fêté la Saint Valentin à la maison…

La tournée, longue et pleine d’imprévus nous a bien sûr réservé son lot d’anecdotes. Le décor bloqué à la douane et massacré par les douaniers qui voulaient en retirer notre fusil de spectacle conçu par Alain Moreau: soit un pied de tabouret en guise de canon terminé par un entonnoir avec un sigle de mercedes faisant office de viseur. Bref, l’avait pas l’air malin le douanier après sa découverte! À Tahiti, le théâtre ne tenait que grâce aux sponsors privés que nous devions honorer de notre présence. Tant qu’il s’agissait de restaurants, c’était un plaisir facile mais le dernier sponsor était un club de plongée. Evidemment, l’organisateur nous a programmé la plongée juste avant de jouer. Moment extraordinaire pour l’équipe de vivre une telle expérience mais résultat à la représentation: certains devaient lutter pour ne pas dormir et d’autres pétés à l’oxygène étaient euphoriques…
Sinon, c’est 15 ans de représentations à la Saint Valentin. Cela doit faire exactement 15 années que nous n’avons pas fêté la Saint Valentin à la maison…
L’avenir ? Si nous allons jouer au Vietnam, le spectacle aura visité tous les continents sauf l’Antarctique mais les Manchots Empereurs et les Léopards des mers ne sont pas très friands de théâtre. Comme quoi, les Riches-Claires mènent à tout. »